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Les Brèves

Les Brèves de La lettre du RPH n° 158

Le psychanalyste d’aujourd’hui

Fernando de Amorim
Paris, 2. I. 2003

Devons-nous parler du malaise de la psychanalyse ou bien de celui des psychanalystes ? Sans aucun doute je m’engage à reconnaître que le malaise contemporain est du côté des psychanalystes. Ils sont largement dépassés par les évènements. Alors que la médecine, la génétique, la virologie, accomplissent des pas énormes, les psychanalystes s’acharnent à nier l’enseignement de Lacan. Bien entendu, d’aucuns diront qu’ils sont lacaniens, comme ceux-là disaient, lors des derniers EGP (les états généraux de la psychanalyse), qu’ils étaient des   « psychanalystes junguiens ». Il me semble qu’il soit de la responsabilité de chaque psychanalyste d’établir des critères pour reconnaître les siens. Loin d’être une pratique discriminatoire, il s’agit d’une perspective qui vise à protéger la psychanalyse de ceux qui se disent psychanalystes. La création de l’IPA (Association psychanalytique internationale) n’était pas une si mauvaise idée. Elle a pu protéger la psychanalyse de ses détracteurs. Aujourd’hui, nous pouvons dire que les détracteurs de la psychanalyse sont ceux-là mêmes qui s’en sortent (personnellement, professionnellement et socialement) dans la vie grâce à elle.

Comment prouver que quelqu’un est psychanalyste ?

Lacan a mis en place le dispositif de la passe. Ce dispositif est-il reconnu par les psychanalystes ? Loin s’en faut. Une psychiatre brésilienne m’a dit qu’elle était lacanienne car elle faisait des séances de cinq minutes. Une psychologue, tout aussi bien psychanalyste, appartenant à l’IPA brésilienne, disait qu’elle n’était pas lacanienne car elle faisait des séances de quarante-cinq minutes. Cette conversation, concernant deux psychistes brésiliennes montre l’importance des EGP comme lieu d’interrogation de ce que signifie être  psychanalyste aujourd’hui.

Etre psychanalyste est-ce contrôler chronologiquement le temps de séance ? Bien évidemment non ! Ainsi, comment faire, puisqu’il semble que les EGP ne s'arrêtent pas à deux rencontres et que les psychanalystes ont besoin de se rencontrer pour témoigner d’où ils viennent et ce qu’ils pensent faire ?

Il faut stimuler cette génération qui arrive à lire les textes fondamentaux (Freud, Klein, Lacan, Winnicott). Bien entendu en les stimulants vivement à continuer leur psychanalyse personnelle. Si pour le psychanalysant, pour quelques psychanalysants, la psychanalyse est avec fin, pour le psychanalyste, la psychanalyse est sans fin, afin de protéger la psychanalyse, et surtout le psychanalysant du désir non-castré du psychanalyste, désir qui se reconnaît tout au long des scissions qui ont émaillé le mouvement psychanalytique. La visée n’est pas d’empêcher le psychanalyste d’être humain (je n’oserai pas pousser si loin mon innocence !), mais de le maintenir dans la position d’objet petit a car c’est dans cette position qu’il peut opérer en tant que psychanalyste.

Le psychanalyste d’aujourd’hui est d’un niveau culturel assez limité. Il me semble que les EGP doivent évoquer cela en public et pousser les psychanalystes à continuer leur psychanalyse ; à continuer leur contrôle ; à continuer à témoigner des études effectuées dans une publication, pourquoi pas dan un site Internet des EGP par exemple ; du maniement nécessaire du français, de l’allemand, de l’espagnol et de l’anglais comme langues de base des psychanalystes. En faisant cela, dans trois EGP (six ans) nous pourrons repérer la naissance d’un esprit commun des psychanalystes. La psychanalyse brésilienne est brésilienne au même titre que l’anglaise est anglaise. Mais elles ont toutes un lien commun, à savoir, la visée de l’Œdipe par la castration et la Durcharbeitung freudienne comme sortie de la cure car c’est par la porte de sortie que nous pouvons reconnaître si quelqu’un a traversé, ou non, une psychanalyse.

Toutefois, on pourrait m’objecter que je n’aborde pas la porte d’entrée en psychanalyse, la règle fondamentale, le divan. Je pense que le point crucial pour une rencontre entre psychanalystes est de savoir s’ils sont vraiment dans la position du psychanalyste. D’où mon souhait que nous puissions rappeler qu’être psychanalyste c’est être sorti de sa psychanalyse personnelle, avoir assuré son contrôle, c’est aussi avoir assuré au moins une cure jusqu’à son terme… Les autres questions, très importantes, seront discutées après un premier tri.

Je ne parle pas de discrimination mais de castration pour les psychanalystes. Il y a, depuis Freud, quelques règles de base qui caractérisent la conduite de la cure. Les négliger c’est donner la preuve qu’il ne s’agit plus de psychanalyse et que celui qui assure la cure n’est plus dans la position (je ne dis jamais « place », pour préserver l’incertitude) de psychanalyste.


 

RPH - Réseau pour la Psychanalyse à l'Hôpital
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