Fernando de Amorim
Paris, 6. II. 2003.
Arrêtons-nous à l’invitation de la deuxième rencontre mondiale des états généraux de la psychanalyse. L’invitation s’adresse aux psychanalystes, cela va de soi, et aux « psychologues et aux psychiatres ». Mais aussi aux autres « professionnels de la santé et des sciences humaines ».
Quelle est notre intention lorsque nous invitons également des psychologues, des psychothérapeutes et des psychiatres aux états généraux de la psychanalyse ? Il me semble que nous ouvrons la porte à la confusion et à la psychothérapie psychanalytique.
En posant cette question, je souhaite simplement signaler que les plus grands responsables du gonflement des psychothérapies d’orientation, ou d’inspiration, psychanalytique, sont précisément les psychanalystes eux-mêmes ! On peut même se demander s’ils sont vraiment dans la position de psychanalyste !
Je ne suis pas en train de dire qu’il faille exclure les psychologues et les psychiatres de la psychanalyse. Non ! Mais, il convient de les interroger sur la position qu’ils souhaitent occuper dans la clinique, et si c’est au risque de perdre emploi, statut, voire des amis ! La psychanalyse ne pourra pas exister à part entière si les psychanalystes ne prennent pas soin d’elle. Et prendre soin c’est aussi savoir qui la représente. Méfions-nous de ceux autorisés par leurs fantasmes, leurs délires ou par leurs dénégations !
Il faut donc recruter ; il faut inviter les psychologues et les psychiatres à entrer et à sortir de la cure, à étudier Freud, Lacan, Klein, Winnicott (dans le texte, c’est encore mieux !). Cela ne sert à rien de dénoncer la paupérisation des psychanalystes si ceux qui les forment, et reconnus comme formateurs, ne poussent pas leurs élèves à l’étude approfondie des pères de leur science.
Laissons la psychologie et la psychiatrie aux psychologues et aux psychiatres, en prenant soin de laisser en évidence qu’ils sont, à l’instar de toutes celles et tous ceux qui veulent devenir psychanalystes, bienvenus dans les rangs de la psychanalyse. Cela à la condition de faire le chemin qui conduit à devenir psychanalyste, à savoir les études universitaires, l’amour de la médecine, les connaissances générales (langues, littérature, philosophie, sciences), l’intimité avec les cultures et avec l’histoire des religions au nom de leur désir…
Il nous faut un programme de formation et non un diplôme. La psychanalyse est, à elle seule, une science ; tel était le vœu de Freud, et je ne pense pas qu’il n’ait été que pieux !
Je pense qu’il ne faut pas mépriser la psychothérapie. Il faut critiquer vivement les psychothérapeutes qui veulent instituer cette position et donc lui donner une place. N’importe quel psychanalyste est pris dans une relation de psychothérapie avant qu’une psychanalyse ne vienne se mettre en place. J’entends par "psychothérapie" toute relation qui produit des effets d’apaisement du symptôme. En ce sens-là, les prêtres, comme les pasteurs, comme les pères et mères de saint brésiliens sont des psychothérapeutes. Ce qui permet la distinction entre le psychothérapeute et le psychanalyste c’est que celui-ci ne se contente pas d’apaiser le symptôme, il travaille vivement à, dans la mesure de la capacité structurelle de son malade ou de son patient, le pousser à entrer en psychanalyse et à conquérir le statut de psychanalysant, ce qui installe ou confirme automatiquement, celui qui écoute dans la position de supposé-psychanalyste.
Les psychothérapeutes ne connaissent pas cette opération et pour cette raison n’ont donc rien à voir avec notre discipline.
Les états généraux doivent être un moment particulier ; le moment de rectification du tir des psychanalystes quant à leur relation avec la psychanalyse et avec la cité. La psychanalyse n’est pas et ne doit pas être une discipline marginale.
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