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Les Brèves

Les Brèves de La lettre du RPH n° 163

De qui se moque-ton ?

Fernando de Amorim

 

Dans la réponse de Monsieur Bernard Accoyer, Président de l’Assemblée Nationale, à Monsieur Jacques-Alain Miller, psychanalyste, il est écrit que : « Le sens de la loi comme la volonté du législateur ne doivent pas être travestis par des amalgames historiques douteux, occultant la vérité et brouillant le débat. L’ennemi, ce n’est pas le psy ; l’ennemi, c’est l'incompétence, l’absence ou l’insuffisance de connaissances, parfois la malveillance ».

En volant au secours de l’entourage de Mesdames Bachelot et Pécresse, Monsieur Accoyer pense-t-il vraiment vaincre l’ennemi ? Peut-on vaincre ces ennemis-là – incompétence, absence, savoir lacunaire – en délivrant le titre de psychothérapeute à des gens formés durant 400 heures à la psychopathologie clinique et ayant suivi un stage de pratique de cinq mois (!), comme l’avait écrit Cécile Prieur dans le « Monde » du 9.VII.2008 ?

Dans une précédente brève (cf. brève n° 162 – www.rphweb.net), j’haranguais  mes pairs en leur proposant mieux et davantage et notamment, retourner au divan pour ne plus jamais le quitter !

Un psychiatre décroche son diplôme après 12 ans d’étude universitaire, un psychologue après 5 ans, selon Catherine Petitnicolas (« Le Figaro » du 7.VII.2008). Un psychanalyste, après ses études universitaires, mais surtout et essentiellement après une première psychanalyse personnelle, qui dure au moins 15 ans (au RPH, nous reconnaissons cette première sortie de psychanalyse, mais nous conseillons vivement au psychanalyste de ne pas quitter le divan et donc la position de psychanalysant). A cela s’ajoutent les études de la théorie psychanalytique et ses articulations avec les sciences qui s’y rapportent (par le biais de publications, séminaires, conférences, supervisions, contrôles).

Et Monsieur Accoyer pense qu’en 400 heures et 5 mois de stage on devient psychothérapeute ? De qui se moque-t-on ? On est très loin du compte, Monsieur le président ! Si mesdames les ministres de la santé et de l’enseignement supérieur et de la recherche, appuyées par vous, ne veulent pas la mort des psys, il n’en demeure pas moins que vos voies sont loin de mener à la mort de « l’incompétence, l’absence ou l’insuffisance de connaissances ».

Je suis d’accord pour que le législateur puisse interroger les psychistes (psychothérapeutes, psychiatres et psychologues) et les psychanalystes sur leur clinique. Cela va de soi. Pour preuve mon papier au 1er forum psy, organisé par Jacques-Alain Miller en 2003 (cf. mon texte et le compte-rendu de Jean-Michel Louka dans le numéro la « Revue de psychanalyse et clinique médicale, n° 12, publier par le RPH). Nous, cliniciens, ne craignons pas la vérification de quoi que ce soit. Nous nous autovérifions constamment ; le premier venu peut se référer à nos débats internes, houleux, pleins de ruptures qui, pourtant, font avancer la clinique et qui profitent en premier aux patients. Il n’y a pas de querelles de clochers ni de combats de coqs chez les cliniciens ; il y a des désaccords internes au monde clinique et à la santé mentale mais qui nourrissent la clinique et nous poussent tous au travail. Ma proposition que les cliniciens ne quittent pas le divan même s’ils sont psychanalystes vise à nourrir la clinique et à diminuer les débats vains et stériles.

Dans la clinique, « psychothérapeute » est une position transférentielle et non une « place » (cf. Cartographie de la clinique dans notre site : http://www.rphweb.net). Geler la position de psychothérapeute en place de psychothérapeute ce sera la mort de la clinique. Cette dernière exige créativité et intelligence au quotidien.

Les psychothérapeutes autoproclamés ne sont pas un problème des cliniciens mais un problème de l’administration. Je n’apprends rien à personne en disant qu’un clinicien déclare ses revenus et ne couche pas avec ses patientes.

Vous écrivez, Monsieur le Président, que : « Le vrai problème est que, près de quatre ans après l'adoption de la loi, le décret d'application n’a toujours pas été publié. Et cela, parce que des psychothérapeutes autoproclamés, ne voulant rien changer, s’emploient à empêcher cette publication. S’il y a des « officines obscures », c’est là qu’elles se trouvent, et non chez le législateur, qui, au contraire, recherche la transparence ».

Bien sûr qu’on peut s’autoproclamer « psychothérapeute » ce n’est pourtant pas ça qui fait de quelqu’un un psychothérapeute ! Le véritable psychothérapeute, pour vous aider à vous y retrouver dans cette affaire, Monsieur le Président, ne se reconnaît pas de lui-même. Il est reconnu par l’autre qui souffre et qui l’installe dans cette position.

Le vrai psychothérapeute supporte d’être dans cette position, mais vise à tirer le malade ou le patient dans la position de sujet. Le faux psychothérapeute tourne en rond avec le patient.

Il y a des gens qui disent être Napoléon et il y a d’autres qui s’autoproclament psychothérapeutes. Peut-on empêcher les gens de prétendre à ce qu’ils ne sont pas ?

Vous écrivez que « Refuser le décret, c’est refuser cette transparence, ce droit à l’information et le droit à des soins dispensés par des professionnels formés. Je fais confiance à Roselyne Bachelot et à Valérie Pécresse pour que ce décret puisse, enfin, être publié. Un retard supplémentaire signifierait de nouvelles victimes, en droit de se retourner contre les pouvoirs publics. Il faut mettre fin aux abus ». Si la victime se sent abusée, elle a le droit, en premier lieu, de porter plainte contre celui qui l’avait abusée. Vous semblez vouloir mettre l’Etat dans la position de père de la horde primitive.

Vous dites aussi que : « Personne, et surtout pas le législateur, ne songe à priver les Français de pouvoir se confier, en toute liberté, au psychiatre, au psychologue, au psychanalyste ou au psychothérapeute qu'ils auront choisi. Comme médecin, comme député, je me suis engagé depuis dix ans pour cette cause évidente qui ne peut plus attendre ».

Quel est le désir qui vous anime depuis ces dix ans ? Est-ce de protéger des citoyens, déjà bien pourvus en termes d’arsenal répressif, ou de donner votre nom à une loi ?

Voulez-vous vraiment être utile ? Créer donc des consultations publiques sur le modèle de celle du RPH où, simultanément l’étudiant peut se former à l’écoute et rencontrer cet autre qui souffre et qui pour cette raison ne parvient pas à entrer dans la vie sociale, à aimer et à travailler, et donc, en conséquence, ne peut plus rien devoir. Je pense qu’un étudiant en psychologie, qui désire devenir psychothérapeute ou psychanalyste, doit, pendant ses études, rencontrer des patients et même constituer sa clientèle. C’est une pratique que j’assume depuis 1991. D’abord à l’hôpital, et depuis 1997 dans le cadre de la formation clinique du RPH. Cette expérience devrait s’élargir. C’est mon sentiment profond.

Vos arguments, Monsieur le Président, ne tirent pas la société et ses citoyens vers le haut. Votre papier soutient une formation de psychothérapeute au rabais. C’est regrettable et dommageable !


 

RPH - Réseau pour la Psychanalyse à l'Hôpital
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