Editorial
D’un moment calamiteux du temps …
Voici revenu le moment devenu verbeux, cérémonieux, oiseux, ennuyeux des vœux ! Le calamiteux moment de la parole creuse, vide, psalmodiée ! entraînant à sa suite la piteuse et souffreteuse ribambelle adverbiale, nous laissant la bouche pâteuse, adipeuse !
C’est à se demander si ces vœux, désormais pieux, furent jamais autre chose qu’un hypocrite salamalec. Mais alors refait surface la lecture plus ou moins ancienne de Totem et Tabou de Sigmund Freud et un doute s’insinue dans la critique féroce de cette tradition votive :
Comment ne pas se saisir de cette occasion largement reconnue de faire montre de ce peu d’amour, de commisération, de piété, de générosité, d’attendrissement à l’égard de l’Autre et penser ainsi pouvoir équilibrer un bilan au passif tout à coup moins lourd…
Après et avant qu’on soit réduit en charpie, en moins que rien, avant et après qu’on se réduise à cette chose pitoyable et acrimonieuse, voilà du bon vœu à pleines bouches, à bouches-que-veux-tu, à qui-mieux-mieux !
Songeons un instant à tous ces « Meilleurs vœux ! » menteux qui signent l’ambivalence de l’humaine condition et nous permettent d’éviter « la colère des démons » (S. Freud, Totem et tabou, p. 46, Petite Bibliothèque Payot) ; ces démons intérieurs nourris du peu ragoûtant salmigondis des passions, des pulsions, des haines et autres outrepassements !
Cette opération de délestage psychique ne mérite-t-elle pas mieux que ce piteux, caoutchouteux cérémonial des vœux ? Certainement, mais quels mots, quelles formules, pour habiller, camouflet, travestir les éternelles indifférences ou réjouissances aux malheurs des autres, les sempiternelles réprobations, accusations, dépréciations ? |
… A « bon pour bonne année » !
Un matin du tout début janvier, sur la porte de la consultation publique de psychanalyse – sise 33 rue Jean-Baptiste Pigalle dans le 9e arrondissement de Paris – un petit bout de papier quadrillé d’un cahier d’écolier grossièrement découpé à main levée et retenu par un méchant morceau de ruban adhésif, sur lequel à l’encre noire d’une écriture d’écolier encore un chouia incertaine j’ai pu lire : « bon pour bonne année » et, telle Hélène, je m’y suis arrêtée et y ai trouvé le vœu d’un roi, d’un prince, d’un puissant significateur et, « …moi, je l’ai gardé. »! (Georges Brassens, Les sabots d’Hélène).
Mieux ! Je le partage avec ceux – parmi les lecteurs – qui pourront se donner la peine de recueillir à deux mains, à poignée, à brassée, à corps et à cri, ce vœu d’un enfant en âge de savoir écrire et dire !
Ce bon, je l’épingle au revers de cette lettre, en vous souhaitant d’en faire usage dès maintenant, sage ou immodéré, comme il siéra, mais jusqu’à glisser vers une coutume plus incarnée, qui sache aussi de cet Amour.
Ce mot très doux, tenu par du rudimentaire à la porte d’entrée, posé sur du plus rudimentaire encore, recèle le vœu le plus gracieux, le plus velouteux, soyeux, savoureux, facétieux et merveilleux qu’il m’ait été donné de recevoir : tu veux une bonne année ? Prend-là, elle est là, à toi, pour toi, fais-en quelque chose, ce que tu voudras qui t’iras bien !
Voilà un vœu débarrassé de ces chichiteuses ambages qui nous renvoie avec délicatesse à ce che vuoi ? fameux !
Bon pour bonne année ! |