Editorial
Chroniques des guerres lasses
Ainsi, le 5 avril prochain, le RPH débattra du syndrome de fatigue chronique ! Bien entendu, rendez-vous vous est donné au musée des moulages de l’hôpital Saint-Louis, matutinalement comme il a été jusqu’ici d’usage !
Il s’agira d’échanger sur une fatigue bien établie et qui dure… ! Ou, plus exactement, sur l’ensemble des symptômes dont se constitue cette fatigue ancienne qui perdure… Mais, en quoi la fatigue ne serait-elle pas chronique puisque de toute éternité le sommeil auquel on s’adonne chaque soir – en règle générale – est réparateur d’une fatigue née de l’activité d’une journée remplie, plus ou moins, et puisque même en vacances, en repos, en stand by, en relâche, en week-end, en pause, en congé, l’Homme a à dormir !?
Revenons-en aux moutons de ce mot le plus important de ce nom, la « fatigue » : une première définition nous entraîne dans le domaine de la physiologie et nous parle d’une « diminution des forces de l’organisme généralement provoquée par un travail excessif ou trop prolongé ou lié à un état fonctionnel défectueux. » (http://atilf.atilf.fr) Rien là de quoi fouetter un chat !
Très vite par métonymie on accède à des constructions telles que « cheval de fatigue », « habit de fatigue » et « homme de fatigue » pour ce qui est de réserver le gros du gros travail. Mais, là encore, rien qui ne vaille l’extraordinaire à la chronicité d’une telle fatigue ?
L’analogie, peut-être, nous permettra de percer ce qu’il y a de médical dans cette perduration d’un état physiologique au demeurant normal (quand on bosse fort on s’fatigue !!) ; l’analogie propose d’éclairer la fatigue en ces termes : « moindre résistance (d’une chose) due à une trop longue ou trop violente utilisation et pouvant aller jusqu’à empêcher son fonctionnement normal. » (http://atilf.atilf.fr).
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En technologie on parle même d’un essai de fatigue, autrement appelé aussi essai d’endurance. C’est juste qu’il semble n’être question que de chose…et non pas d’Homme.
C’est maintenant qu’on en arrive au Figuré : « Découragement, disparition de l’envie de poursuivre ce qui a été entrepris. » Y serions-nous ? On ne peut être étonné outre mesure d’atteindre là à un palier un tantinet plus engageant, plus prometteur, un filon sensifère en quelque sorte !
Reste encore « syndrome » : qu’en faire ? Qu’est-ce ? Quels faisceaux de symptômes se regrouperaient derrière ce découragement, cette disparition ? Est-ce si sûr qu’il faille un « ensemble », un « groupement » ? Peut-être ne s’agit-il là que d’un syndrome chinois, celui-là même qui propose la fusion des produits sans conduire à l’explosion ? Un syndrome chinois de fatigue chronique en quelque sorte !?
Mais il reste encore à comprendre comment « chronique » selon qu’il est nom commun ou adjectif verse dans le rappel de faits passés ou dans la condamnation à perpétuité !
La médecine, comme la psychanalyse, serait-elle confrontée à ce passé qui ne passe jamais véritablement ? Comme la psychanalyse, elle chronique ce qui dure car si dur à avaler, tellement dur que ça la défraye, la chronique !
Colette parlait de ses chroniquettes mais elle était poète ! Cependant, cette fatigue chronique qui, à première vue, à première ouïe, fait si peu sérieuse, semble bien avoir à voir avec le si menu, l’infiniment quotidien, l’indiciblement congru qui ont brisé, lassé, éreinté, fourbu, exténué, épuisé, crevé, harassé… En ces sens si infimes, oui, les chroniquettes à la Colette s’imposent ; laissons les grands remèdes aux grands maux qui plastronnent en une des journaux ; à ce syndrome de fatigue chronique imposons-lui la poésie aussi !
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