Editorial
Pars-pro-toteurs ! … Et
Ce sont ceux qui, d’un tout, prélèvent un bout qui arrange bien leurs petites combines au détriment de l’ensemble ! C’est une impure création qui doit beaucoup à la plume de Freud lors de sa rédaction de « A partir de l’histoire d’une névrose infantile » (OCF, vol. XIII, PUF) où, à la page 51, est écrit « Je me permets de faire remarquer ici que les contradictions dans la littérature psychanalytique d’aujourd’hui sont habituellement confectionnées selon le principe du pars pro toto. On extrait d’un ensemble d’une haute complexité une partie des facteurs à l’œuvre, on la proclame être la vérité et on contredit dès lors en sa faveur l’autre partie et l’ensemble. » A l’époque (1915), Sigmund Freud visait Carl Gustav Jung et Alfred Adler. De nos jours, « l’incommode psychanalyse » (ibid.) est toujours en butte aux lazzis de ces partisans du pars pro toto qui lui empruntent – sans nous le dire – quelques uns de leurs concepts fondamentaux et tirent à boulets rouges sur ce qu’ils trouvent « incommode » : l’Œdipe, la castration, la différence sexuelle, l’anal, le sadisme, la mère, le fantasme, Eros et Thanatos … !
Est-ce bien utile de le préciser : les pars-pro-toteurs ne sont pas les payeurs, loin s’en faut ! Ils sont les sous-diviseurs, ne prétendent qu’à ce que leur subdivision rentre bien dans la case de leur spécialité. Et pour tout ce qui ne case pas, peu leur chaut ! Ainsi le pars-pro-toteur spécialiste du ics : « Vous icsez beaucoup ? Pas grave, remplissons de concert cette grille-questionnaire et dans ics semaines ce ne sera plus qu’un pâle souvenir. » Sauf que, soit, rien ne pâlit, ne passe ou ne trépasse, soit ça se transforme en un autre ics c’est alors que tout est perdu, même l’honneur, pour l’icseur qui n’est plus que biffé dans les statistiques des spécialistes de cette partie !
Par bonheur, reste l’ensemble ! Un ensemble tellement moins sexy aux yeux des experts-comptabilisateurs ! Un ensemble tout en boucles, lacis et lacets qui serpente, ondule, ondoie, visite chaque recoin sans rechigner ni barguigner : la psychanalyse ! |
… confectionneurs !
A la lecture d’un article de Paul Benkimoun, paru dans le journal Le Monde daté du 8 mars, rendant compte d’une étude française – EPIPAGE – sur le devenir des enfants nés à moins de 33 semaines de grossesse de laquelle il ressort que 40% des grands prématurés présentent une déficience motrice, sensorielle ou cognitive et qu’à cinq ans un tiers des anciens prématurés sont suivis médicalement, l’idée que, dans un tel contexte, les médecins n’étaient plus des accoucheurs mais bien plutôt des médecins-confectionneurs dont une partie des « produits » était à l’évidence inadaptée à la vie intempérique et à la duration ! Ce « confectionneur » a beaucoup à voir avec le « pars-pro-toteur » et s’inspire directement de la même citation : « …les contradictions dans la littérature psychanalytique d’aujourd’hui sont habituellement confectionnées selon le principe du pars pro toto. (…) ».
En quoi « confectionner » mérite-t-il réprobation ? Parce que suinte, de tous ses pores, l’idée de la fabrication « … en série, sur des mesures normalisées. » (http://atilf.atilf.fr) Ainsi, alors même que les metteurs-au-monde pensent sauver la vie ne font-ils que confectionner, autrement dit s’acharner à contrefaire un état encore en beaucoup de points obscur !
Ce qui fait d’un obstétricien – et de tout un chacun sachant - un confectionneur c’est la conviction que le savoir est suffisant à palier ce réel de la grande prématurité alors qu’à l’éclairage du désir inconscient - toujours exclu du savoir quel qu’il soit et pourtant toujours partie de cet « ensemble de haute complexité » dont parle précisément Freud et qu’on appelle aussi la vie – ce savoir ne représente qu’une bribe de connaissances !
Confectionneurs, pars-pro-toteurs, se laissent prendre au miroir de leurs propres artefacts, du moins tant que le réel – pendant un laps – leur prête vie ! |