Editorial
Même pas peur, ni mal, ni vrai
En mai fait ce qu’il te plaît ! Chiche ?
J’annule un mariage pour tromperie sur la virginité ; ça, ça me plaît et beaucoup ! Ce retour aux origines quand l’homme n’en était encore qu’à descendre d’un singe se baladant en simple appareil de branche en branche : quel exotisme !
Et, puisqu’on parle de retour, voilà ce qu’écrivait en 1917 Sigmund Freud sur la virginité : « Exiger que la jeune fille ne doive pas apporter dans le mariage avec un homme donné le souvenir d’un commerce sexuel avec un autre n’est rien d’autre que la prolongation conséquente du droit de possession exclusif sur une femme, lequel constitue l’essence de la monogamie, rien d’autre que l’extension de ce monopole au passé. » (OCF, PUF, Vol. XV) Or, depuis 1917, qui peut nier que l’eau et le sang aient coulés en abondance sous les ponts de ce passé faiseur de femmes objets de tous les courroux, objets de tous les courts en vue ?
J’autorise, ou bien non, la GPA, autrement dit la gestation pour autrui ; ça aussi, ça me plaît beaucoup ! C’est épineux à souhait et c’est très familialement inquiétant !
D’abord parce que c’est nouveau en diable et c’est le moins qu’on soit en droit d’attendre d’un progrès : que d’abord il nous renverse, puis qu’il en laisse sur le carreau – qu’on dira étroits d’esprit, frileux, bornés, archaïques, étriqués – pour qu’il fasse place nette à ceux qui choisissent de rester debout sous ce déluge d’infiniment indéfini, toujours labile, pour montre de leur vaillance, hardiesse, leur sans peur et leur sans reproche ; parce que c’est là, on le croit, la preuve qu’on est bien dans la modernité, modernes nous-mêmes, vivants, peut-être même éternels ! …/… |
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Ensuite, c’est inquiétant parce qu’il faut créer à partir d’un curieux rien, ce rien inexpliqué pour les docteurs, et inexplicable par eux, un autre rien qu’on voudrait garanti par la loi : une gestation pour autrui pour des prunes ou presque, trois fois rien, trente deniers !
Ainsi, au commencement était la « mère porteuse » qui n’agrée plus du fait de quelques malencontreux faits divers comme cette hideuse histoire de bébé mis aux enchères, de bébé à venir abandonné par ceux qui ont fait des pieds et des mains pour entrer dans la catégorie « parent » et ont changé d’avis avant l’avènement ! Mais personne ne leur a jamais dit que pieds et mains sont d’un bien piètre renfort pour aider à la venue au monde d’un être humain ?
Oublié « mère porteuse » car la modernité autoproclamée toute puissante et sans limite, tombe dans la forfaiture : on ne touche pas la « mère » ! Alors on fabrique des génitrices, ça on peut toucher, on peut les payer, les gommer ou pas, vérifier leurs dents et leurs antécédents, les dire blondes, noires, petites, grandes… La génitrice c’est une vache !
Ainsi ce qui plaît tant à moi en mai c’est cet infini remodelage de femme qui est toujours, toujours, sécable, découplable, dédoublable : « vierge/demi-vierge », « sainte/salope », « mère/pute » et donc, le dernier en date : « mère/génitrice » !
Génitrice : que du familier inquiétant, un peu, beaucoup, à la folie ! Pourquoi l’œuvre au féminin se réduirait-elle à un vulgaire contrat synallagmatique ? Pourquoi ne pas suivre le poète sur cette voie de la raison folle : la femme est l’avenir de l’homme, pas la génitrice ! |