Editorial
Gestation pour autrui :
c’est c’ui qui dit qui est !
Retour à cet âge qu’à peine dépassé on repeint sans relâche de ce blanc immaculé d’Espagne, pays de nos plus fameux châteaux ; cet âge dit heureux, dit d’or, du célèbre « C’est c’ui qui dit qui est ! » ; le plus souvent, à cette époque encore verte, acidulée et joyeusement agressive, ce qui se disait le plus volontiers était – et sans nul doute est encore – « menteur » !
Aujourd’hui, en post-GPA française, « c’ui qui dit » sont deux à dire : un homme et une femme, or, des deux qui disent, un seul est : l’homme ! Ca, en l’espèce, c’est nouveau, ça sonne le glas du fameux « mater semper certa est ». Auparavant et jusqu’à ce jour bientôt avorté, la maternité légale en passe par l’accouchement ! Délicieusement archaïque, n’est-ce pas ? Donc, encore aujourd’hui, mais déjà presque jadis, la femme qui n’a pas accouché a beau dire, rien n’y fait, elle vaut rien ou alors à peine comme tiers, mais comme mère : que dalle !
Mais demain, ah ! demain, « c’ui qui dit » seront homme et femme d’un couple marié ou à deux depuis au moins deux ans. Et pour ces deux-là, demain, en France, dire pourra suffire ! Déjà, ils portent un nom : « parents intentionnels ». Sous d’autres cieux – en Russie (cf. article Figaro Madame, semaine du 20 juin 08) – plus rustres – on les dit « parents clients » ! Finalement : c’est c’ui qui dit et c’est celle qui dit qui sont !
Mais pourquoi une femme pour rien, un dédommagement raisonnable, vraiment trois fois rien (de 3.000 à 10.000 € en Ukraine, de 40.000 à 60.000 € aux USA) se passerait-elle d’être ? Parce qu’elle est prête à venir en aide ! Par altruisme ! |
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Il y a donc la femme, celle qui est prête à venir en aide et qui prête son temps, son utérus, une poignée d’heures d’un travail d’une intensité jamais égalée par aucun Hercule et qui, de concert avec celle qui a besoin d’aide, autrement dit besoin d’un utérus, d’un cordon ombilical, d’un placenta, d’un amnios …etc., fera « … l’objet d’un agrément, destiné à vérifier leur état de santé physique et psychique… » ! Rien que ça.
Il semble bien que cette invention caritato-judiciaro-médicale accouche d’un double, voire d’un triple, estoc qui coupe définitivement la chique à la femme – une chique pourtant pas si dure que ça – et complique à loisir l’intérêt – supérieur avez-vous dit ? – de l’enfant à naître ! Désormais, c’est l’intention qui primera ; cette intention dont tout un chacun, un jour ou l’autre, a fait l’ignoble expérience : la merderie qui nous envahie quand on ne demandait rien !
Le reste : la fatigue, l’enfant qui bouge, les crampes, le corps qui s’enfle, l’issue qui angoisse, le lien qui se crée, le bus raté parce que trop lourde, pleine, lente, l’enfant, celui-là même que sa mère, celle qui geste pour autrui, a eu pour de vrai, qui assaille de questions et grimpe sur le ventre loué – puisque le sénat dans ses recommandations relatives à la candidate gestatrice préconise qu’elle ait déjà mis au monde sans difficulté son propre enfant – ce reste-là « raisonnablement » dédommagé, trois jours après l’accouchement – mais ici aussi il faut trouver un autre mot : gésine ne conviendrait-il pas ? – ce reste-là ne sera définitivement plus rien !
Cet idéal altruiste trouvera-t-il sa place dans les livres d’instruction civique du collège ou du lycée ? Et qui seront ces femmes prêtes à se donner en aide ? Nos filles ? |