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La lettre du RPH

Elle est mensuelle, elle est informative et de libre opinion.
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La lettre du RPH


Réseau pour la Psychanalyse à l’Hôpital
Août 2008 Rédacteur en Chef : Edith de Amorim N° 118

Editorial

UNE CONSULTATION QUI PEUT,
… POURRA, ETRE GRATUITE

      Face à la détresse sociale, des psychanalyses échafaudent des réponses, font des propositions, établissent des règles qui de gratuité, qui de durée… Au RPH, la détresse sociale n’est lue ni comme inclémence, ni comme inaptitude mais comme intempérie, au sens de la rupture d’un équilibre. On y parie sur le retour à meilleure fortune, sur la fin de la déconfiture, du fait du recours à la psychanalyse qui signe le retour de la parole sur le devant de la scène. Une seule règle est d’usage, hormis celle de l’association libre : l’autre qui appelle pourra être écouté gratuitement mais, en fait, il faut qu’il paye … quelque chose ; une chose en rapport avec sa situation financière. Au RPH, la clinique ne s’arrête pas à la modicité et à une quelconque limite du temps de cure ; on ne mêle pas l’eau usée de l’environnement social au vin de la clinique, au nectar de la psychanalyse : le peu des moyens ne conditionne rien de la cure ! Voici le récit des premières séances d’une cure d’il y a quelques mois d’août où se mit en place le paiement ! En ce mois si propice aux urgences en tout genre, l’appel d’une personne aux prises avec de multiples évènements et l’alcool arrive au SETU ? puis est renvoyé à la Consultation Publique de Psychanalyse du RPH où il est pris pour ce qu’il est depuis les premiers instants de l’être : une demande inconsciente d’engagement aveugle aux côtés de l’être vociférant (« si tu réponds à mon appel c’est que tu te sens concerné, que tu m’as voulu. ») ; en conséquence il est pris avec prudence et circonspection.

        Une voix tremblée, chuchée, m’informe de l’horreur qui pousse l’homme à appeler : trop d’alcool, plus de travail, un halot d’une reconnaissance plus que médicale et de hasard apitoyé et navré. L’entendant pris entre impécuniosité et souffrance et ne voulant pas rajouter à ce qui déjà déborde et menace : « Venez ce soir à 19 heures ! ». Pas de liste d’attente.

        Première rencontre : je reçois le patient encore étourdi d’alcool et je tente de ne pas sombrer sous l’avalanche des évènements qui l’ont conduit jusqu’à moi. Je comprends qu’il vient me rencontrer parce que son analyste est en congé et qu’il n’ose pas lui dire qu’il ne peut plus payer 50 € pour ses séances. Je lui propose de venir tous les jours. Un air effaré se plaque sur les traits de son visage ; tous les jours et paye que pourra ! Cette fois-là, la première, ce sera un paiement symbolique.

…/…



…/…


Deuxième rencontre, le lendemain, un jeudi : hier, au sortir de la séance, il a acheté une bouteille d’alcool découverte et détruite par sa grand-mère le soir même ; ce matin, en lieu et place d’un rendez-vous avec un ami cher, il achètera une fiasque de ce même alcool et sombrera ; une femme compatissante appellera les pompiers et il se réveillera aux urgences de l’hôpital.  Il est inquiet parce qu’il a fugué pour venir à la séance ! Une question me taraude : où trouve-t-il l’argent pour s’alcooliser ? Face à ce jeune homme pris dans l’étau d’un désir incarné, je choisis : Combien avez-vous payé pour cet alcool ? 2€ la fiasque ! Ce sera donc le prix de la séance. Je téléphone aux urgences de l’hôpital parisien : l’homme au bout du fil est très magnanime, sans l’once d’une irritation : oui, il a fugué ! Non, on ne prévient pas la police ! Le patient, cette fois-là, paye 5 €.

        Troisième rencontre, un vendredi : il a passé la nuit et la matinée aux urgences ; sa démarche est lente mais il ne chancelle pas. Il est vêtu avec plus de soins.
Encore de l’alcool, encore un naufrage, encore une passante charitable et les mêmes urgences, toujours secourables, opiniâtres. In petto, je ne peux m’empêcher d’admirer cette présence des urgences, véritable phare dans la nuit des naufragés de tout poil ! Il ne se souvient plus de la séance de la veille, je lui rappelle qu’il a payé 5 € mais sans doute peut-il payer davantage. Il propose 6 € en pièces que je rafle.

Quatrième rencontre, un samedi : il est ponctuel ; pas de passage préalable par la case « urgences » ; même soin à sa toilette. Je comprends qu’il y a longtemps maintenant qu’il n’est plus en « analyse », qu’il a interrompu sa cure, qu’il n’y a pas d’analyste en vacance mais bien un désir de savoir qui regimbe contre sa mise à l’écart. Qu’est-ce que je vous dois ? me demandera-t-il à la fin de la séance, son possible pour lui et pour l’instant c’est 6 €. J’accepte. A lundi

Le paiement de la séance est un puissant indicateur du désir de savoir, il n’empêche que ce même désir peut trouver à se traduire par l’engagement dans un travail quotidien ; c’est que l’idée d’une psychanalyse du côté des sciences dures comme fer n’a pas cours au RPH. Ce récit d’un passage de 1 à 6 € dans l’intervalle de trois séances se veut le témoin de l’esprit de la théorie clinique du RPH : l’être humain n’est pas voué, consacré, à n’être que le jouet de son imaginaire ; et la rencontre avec le désir inconscient – à l’instar du furet – si elle ne peut passer par là, passera alors par ici !


L’œil - en salles obscures – et combien d’accessibles aux handicapés ?

Soit je meurs, soit je vais mieux, France, 2007, drame, de Laurence Ferreira Barbosa avec Florence Thomassin, François Civil, Marine Barbosa, Karine Barbosa, Valérie Lang, Emile Berling. Sur fond de divorce, de pauvreté neuve, de dépucelage, le lycéen Martial se débat comme un beau diable … Encore une belle histoire d’un qui cherche la lumière !

Valse avec Bachir, Allemagne, France, Israël, animation 2007, d’Ari Folman. Sur fond de massacres, une animation toujours séduisante, une bande son accrocheuse… et une fin en reniement ; zut !

L’œil – en noir et blanc et en remerciement !

Poèmes comme ça, André Dhôtel, Ed. Le temps qu’il fait, 2000, p. 138 :

Quel poème ?

Je sais bien que le poème
veille à la porte de la maison.
Si je ne veux pas sortir
il demeurera néanmoins.

Pas un gardien tout le contraire
dépourvu d’une quelconque mission
planté pour nous préserver
d’oublier le démon qui nous habite
et nous indiquant le chemin
fatal sous l’ombre des nuées
lui-même ombre des ombres
et fraternel compagnon.


Les réunions cliniques du RPH

Ces réunions se déroulent le deuxième mardi de chaque mois de 21h à 23h au 1 rue Lentonnet 75009 Paris.

Chaque mois un membre praticien de l’association présente une situation clinique. La réunion est ouverte uniquement aux membres praticiens de l’association.

Informations :
J.-B. Legouis : 06.11.89.51.81.

Dates des prochaines réunions :
09.09.08 : J.-L. Legouis
14.10.08 : L. Baudiment
04.11.08 : J. Faugeras

Le séminaire du RPH

Ce séminaire animé par F. de Amorim a pour thème le surmoi dans la clinique quotidienne du médecin et du psychanalyste. Il se déroule le quatrième mardi de chaque mois de 21h à 22h 30 au 1, rue Lentonnet – 75009 Paris. Il est ouvert aux  médecins, étudiants, psychanalystes et psychistes qui pourront apporter des situations cliniques à discuter pendant le séminaire.

Informations :
F. de Amorim : 01.47.70.56.02

Dates des prochains séminaires :
23 septembre 2008
28 octobre 2008
25 novembre 2008

Les rendez-vous du RPH

Fin novembre, début décembre 2008 sera le temps du XIVe colloque du RPH qui portera sur le recours envisagé à la gestation pour autrui – la GPA :

Quel autre dans la GPA ?
[titre provisoire]

La tribune du RPH est ouverte à toute proposition d’intervention d’où qu’elle vienne : en droit, médecine, philosophie, poésie, psychanalyse, …

Le lieu est l’hôpital Saint-Louis, au musée Baretta ; il fera froid, peut-être même neigera-t-il, pire : gèlera-t-il à pierre fendre, qui sait ? Mais au musée il fera chaud, très chaud !

 

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