Editorial
L’ensachage
C’est l’action d’ensacher, de mettre en sac, la farine, le blé, le grain, le café… Depuis un certain temps, en France, en Europe, d’aucuns pensent qu’il est tout à fait conforme à l’idéal républicain d’ensacher les femmes ! Et, à l’instar du progrès, son frère de lait, rien n’arrêtant la régression, désormais on ensache également la dépression, l’activité lorsqu’elle est « hyper », la phobie et jusqu’aux jours de l’année ! C’était écrit, dans Le Figaro (23/1/06) : un spécialiste de santé mental de l’Université de Cardiff, Monsieur Cliff Arnall, a effectué « une très sérieuse étude » servant à définir le jour le plus déprimant de l’année civile (un lundi, évidemment) et, toujours selon la même formule mathématique (« complexe ») dudit spécialiste, il a cerné le jour le plus heureux ! Ite, missa est ! Du moins, pour ceux qui disent cette messe de requiem de l’humaine humanité.
Il est des homo sapiens sapiens qui résistent encore et toujours à l’ensacheur patenté par ailleurs débordé par ses propres ensachés modèles, tels les scientifiques qui tripotent leur résultat histoire de gagner plus, en espèces de reconnaissances.
Affligeant pot aux roses pour les tenants à ensacher, car alors que depuis quelques années ils nous rabâchent qu’il faut évaluer, peser, soupeser même, et régler en tel nombre de séances tel trait ou telle faille psychiques ce qui, à les entendre, devrait nous blinder contre les charlatans, patatras, les dieux de la science solide comme un roc tombent bruyamment de leur socle, confondus qu’ils sont de falsification, et autres tricheries. Tous diplômés, tous docteurs en quelque chose ! Tous humains aussi.
Sans doute, à quelque chose malheur est bon et le vent mauvais qui souffle sur la santé mentale ces temps derniers permet-il à ses divers acteurs – à condition qu’ils perçoivent le danger qui les guette – de se mobiliser et de s’interroger à tout le moins sur l’éthique de leur pratique. Ce qui peut se révéler fort vivifiant.
Alors, pourquoi ne pas profiter de ce climat d’intempérance pour voguer jusqu’à Bruxelles et y jeter l’ancre du 6 au 9 juillet à venir pour aller nager dans les eaux des 3e EGP (Etats Généraux de la Psychanalyse) afin de fourbir les armes éthiques de nos pratiques ? Ce sera l’occasion de faire entendre la voix de la discordance, bien humaine, dans l’odieux concert d’ « humânneries » (Claude Nougaro) de la moderne gouvernance.
Car, enfin, si la psychanalyse n’a plus voix au chapitre qu’en fonction de titres ou de normes, alors elle sera dans l’homme « … Presque comme l’arbre vole – Dans l’oiseau qui le quitte » (Fereira Gullar, Poème Sale, « La ville est dans l’homme – Presque comme l’arbre vole – Dans l’oiseau qui le quitte », Le temps des cerises, oct. 2005.)
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Billet
Tartuffes aux pays de l’or noir !
Danemark et Norvège essuient, depuis la parution le 30 septembre 2005 d’une série de dessins caricaturant le prophète Mahomet, le courroux grandissant - c’est une litote - des pays arabes : menaces de mort, fermeture d’ambassade, boycottage commercial et jusqu’au recours à l’ONU pour l’adoption d’une « résolution contraignante, interdisant le mépris des religions et prévoyant des sanctions contre les pays ou les institutions qui enfreindraient cette résolution. » (Le Figaro, 30/1/06, « Les produits danois menacés de boycott musulman, Christine Fauvet-Mycia).
Je me demande ce que ces dessins – quand bien même ce ne seraient que des traits d’esprits sortis d’esprits étroits et intolérants – blasphèment que n’auraient pas déjà outragé les attentats de Paris, New York, Madrid, Casablanca, Bali, Istanbul, Londres …? Que je sache, les chœurs des vitupérations et autres incantations n’ont pas alors résonné de cette magnifique même voix ! Dommage !
Je m’interroge également sur l’écho que trouvent ses vociférations dans nos sociétés : ainsi Bill Clinton qui s’élève contre « l’outrage » porté aux musulmans (je vous présente l’hôpital qui se fout de la charité) ; ainsi aussi Gilles Kepel, professeur à l’Institut d’études politiques et spécialiste du monde musulman (et décoré de l’ordre de La Palice) assénant « … si certains terroristes sont islamistes, cela ne signifie pas pour autant que tous les musulmans le soient. » (Libération, 31/1/06, « Le blasphème, une notion très sensible dans le monde musulman, Marc Semo) ; ainsi, aussi, Malek Chebel, anthropologue et psychanalyste, « engagé de longue date dans un combat pour un ‘Islam des lumières’ » qui « n’en reconnaît pas moins ‘ressentir une gêne face à la provocation gratuite…’ » (toujours Libération) (moi qui pensais que la provocation n’était payante – et donc ne fonctionnait - que parce qu’elle touchait !).
Voilà pour les réactions des hommes plus que titrés, reconnus et cités. Pour ma part, j’ai le souvenir d’avoir lu des bandes dessinées - de bonne notoriété puisqu’elles m’ont dénichée jusque dans ma province et cela au début des années 70 ! - racontant des histoires drôles sur ces dieux Uns, Seuls, sans que personne n’y trouve à redire. Est-ce à dire qu’il n’y avait aucun musulman, à cette époque, pour lire le français ? Ou pour croire en Dieu ? Des Tartuffes, je vous dis !
Pour autant, rien ne nous oblige à tenir le rôle d’Orgon ou de Madame Pernelle croiyant que « Nous vivons sous un Prince ennemi de la fraude, Un Prince dont les yeux se font jour dans les cœurs, Et que ne peut tromper tout l'art des imposteurs. » (Molière, Tartuffe ou l’Imposteur, Acte V, Scène VII). Aux IIIe E.G.P. on devrait pouvoir apprendre à se défendre de l’un et des autres ! |