Editorial
Handicap ? Quel drôle de nom !
Pour poser ma réflexion sur le prochain thème du colloque organisé par le RPH le 1er avril 2006, « Où est le handicap ? Vivre, soigner, parler dans la cité », afin d’éviter qu’elle ne se noie dans d’hétéroclites directions et, aussi, pour me munir des indispensables pincettes histoire de n’en pas rajouter par ignorance sur ce sujet que j’imagine, à l’instant précis où j’écris, douloureux, j’ai recouru aux dictionnaires (le Dictionnaire historique de la langue française (en 3 volumes, Le Robert), le Trésor de la Langue Française informatisé – TLFi (http://atilf.atilf.fr), le dictionnaire de l’Académie Française, 9e édition, en ligne (http://www.academie-francaise.fr). Bien m’en a pris !
Le handicap, d’emblée, s’ouvre sur l’hippisme, l’épreuve sportive : le TLFi indique «Course qui offre théoriquement, à tous les concurrents, des chances égales de succès… », dans la 9e édition du dictionnaire de l’Académie Française il désigne une « Epreuve sportive, notamment course hippique, dans laquelle on affecte à certains concurrents un avantage ou un désavantage de temps, de distance ou de poids… ».
On comprend donc qu’il s’agit là de ménager le suspens, l’intérêt des parieurs et des organisateurs de l’événement sportif. Ici, le handicap assure les bénéfices économiques de la course, hippique entre autre. Il rapporte, on s’en enorgueillit !...
Puis, une autre entrée, ouvre le champ du sens figuré proposant comme synonymes « entrave » et « gêne » avec l’exemple de l’ignorance pour l’illustrer.
Ce n’est qu’à la fin, sous la rubrique « Médecine » que je trouve les mots gros de tout ce que je songeais soigneusement à éviter d’écrire, de dire ou même de penser : « Déficience physique ou mentale… » (TLFi) |
et « Infirmité, déficience accidentelle ou naturelle, passagère ou permanente qui entrave l’activité physique ou mentale… » (9e édition du dictionnaire de l’Académie Française).
Nous y voilà à la question de l’infirmité qui ne dit plus son nom. Pourquoi, alors que l’étymologie (latin : infirmitas, -atis « faiblesse, maladie ») indique une provenance limpide, opter pour un mot au glissement sémantique douteux, puisque son origine est la « course dans laquelle on égalise les chance des concurrents en répartissant des désavantages proportionnés à la force des chevaux… » (TLFi) ?
Sous le vocable handicap, la conversion du sens n’est pas sans faire penser à la tournure du trait d’esprit, cher à Freud. Mais il est vrai que son usage largement répandu a fossilisé le trait qui tient, désormais, davantage de la trace.
Peut-être le concept de rivalité (sinon pourquoi établir une égalité de chances au départ ?) encore perceptible parmi les différentes acceptions de handicap, n’est-il pas étranger à cette élection.
Or l’étymologie de rivalité (latin, rivalitas, -atis « rivalité (en amour ») (TLFi) et, plus précisément « …concurrence entre deux femmes puis entre deux personnes antagonistes en amour. » (Dictionnaire historique de la langue française, Le Robert) ouvre précisément la porte de l’amour. En l’espèce, comment faire comme si on ne savait pas que l’amour « … c’est donner ce qu’on a pas à quelqu’un qui n’en veut pas. » (J. Lacan, Séminaire XII, 17/03/1965). Et là, plus d’artifice : nous sommes bien, tous, handicapés ! |