Editorial
L’optique scientifique
C’est flou, faux, renversé, inversé. Inexact en somme… la mémoire. Et pourtant, de mémoire, celle-là même si incertaine, surgit un reste, l’immarcescible adamantin, le fait brut, le roc d’où partir, vers quoi revenir.
Ainsi de la théorie mathématique de l’optique dans le Séminaire Livre I de Jacques Lacan (Seuil) : cette correspondance entre tout point de l’espace réel et un, et un seul, point de l’espace imaginaire (p. 90).
Ce pas curieux de l’entendement visuel, passant par une mémoire hirsute, se reflète dans les propos de Jean-Pierre Dupuy, se présentant en tant que philosophe des catastrophes, à propos des évaluations soi-disant scientifiques : « Derrière le terrible péché que commettent les évaluations officielles, on trouve moins des intentions mauvaises qu’une croyance très fausse, qui définit l’état d’esprit technocratique : l’idée qu’il y aurait une pure objectivité scientifique, immunisée de toute contamination par l’humain, domaine des croyances subjectives et des passions irrationnelles. » (La Vie n° 3164).
Or, ces passions irrationnelles comment ne pas les déceler dans les arguments avancés par tel expert « en schizophrénie » - ayant pris part à la rédaction de la dernière édition du DSM – pour tenter de faire accroire qu’il peut exister des liens d’argent entre son expertise et des laboratoires pharmaceutiques sans que son activité ne s’en trouve contaminée, ses conclusions restant dictées par la seule Science !
Sur ce sujet, nous vous invitons à vous rendre sur le site www.rphweb.net où est mis en ligne l’article de Shankar Vedantam paru dans le Washington Post du 20 avril dernier avec la traduction proposée par Carine Aït Saïd. |
Portrait logistique
La librairie
La librairie de quartier en général est à taille humaine mais où l’on peut quand même venir s’y perdre dans ses rayons comme « si par une nuit d’hiver, un voyageur… », on y trouvera suffisamment d’univers, d’histoires pour le faire.
En général on s’y rend pour quelque chose de précis et il arrive que cette chose n’y soit pas, encore. Aussi, on passe commande et, dans l’intervalle, on demande et on nous recommande ! Utiliser ce laps de temps né du manque pour se lancer dans le rattrapage, évidemment vain, des lectures en souffrance, en ignorance, en oubli, en jachère…
La librairie donc recommande et nous, nous lisons ! Nous découvrons en dévorant ou en déplorant.
La singularité de cette lecture imprévue est qu’elle soulève un coin de voile là où on ne songeait pas à chercher, crève un mystère, jette une lumière, des ponts, ouvre de nouveaux horizons, réveille de bien vieux démons, dépoussière d’anciennes idées, affermit, trouble, bouleverse, confirme, infirme.
Ce qui se recommande à notre lecture dans une librairie fera qu’on y retournera ou non. Ce qui s’y recommande fait d’une librairie un havre block starting ou une simple boutique !
L’inconnu qu’on sait reconnaître, qui résonne et raisonne en nous, l’amie depuis la nuit des livres : la librairie.
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