Editorial
Epilogue
Le colloque qu’organisa le RPH en avril dernier sur le handicap avec cette conclusion : « Tous handicapés ! », emberlificotés que nous sommes dans les rets du langage car, évidemment, disposer à sa guise de ses quatre membres ou de ses cinq sens n’empêche en rien que l’on s’y prenne les pieds.
Toutefois, les témoignages de cette journée pointèrent cette volonté d’exercer pleinement cette existence prise, dès l’abord ou non, dans les mailles d’une physique contraignante. Or, le discord qu’imposent les propriétés fondamentales de cette matière singulière, difficile de ne pas l’entendre ! Pourtant, c’est bien le reproche qu’adressent les handicapés à la société : ils ne sont ni entendus, ni vus. On pourrait passer très vite sur cette question de l’accessibilité qui concernerait plutôt les terrassiers, maçons, manœuvres, ingénieurs, énarques, enfin tout ce qu’un pays compte de forces vives pour créer les conditions matérielles d’un vivre à portée de tous. Mais pouvoir entrer dans un musée, un restaurant, prendre un autobus en toute autonomie ne garantie en rien la libre circulation du sujet !
Jacques Lacan, dans son Séminaire, Livre II, « Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse », 17 novembre 1954, p 13, dit : « Quand quelque chose vient au jour, quelque chose que nous sommes forcés d’admettre comme nouveau, quand émerge un autre ordre de la structure, eh bien ! cela crée sa propre perspective dans le passé […] » Cette émergence incontournable, comment faire pour qu’elle s’emmêle à ce passé ? Comment faire pour qu’elle l’apprivoise, fraternise ? Comment ???
Lacan encore, page 14 du même ouvrage, dit : « Ce qui apparaît de nouveau semble toujours ainsi s’étendre dans la perpétuité, indéfiniment, en deçà de soi-même. Nous ne pouvons pas abolir par la pensée un ordre nouveau. »
Or, de ce passé « glorieux » ou d’avant, comment faire table rase, si chaque pas entrepris conduit à ce constat : « avant/si je pouvais » ?
Bonnes Vacances ! |
Actualité
Pierre Rey est mort
Pierre Rey a écrit des romans, des pièces de théâtre, mais c’était avec le récit de la traversée de sa cure avec le psychanalyste Jacques Lacan qu’il a touché le plus intime de la communauté psychanalytique (Pierre Rey, Une saison chez Lacan, Robert Laffont, Paris). Sans aucun doute ce sont celles et ceux qui viennent rencontrer au quotidien le clinicien qui peuvent témoigner de la substance du style du psychanalyste et qui nourrissent ainsi l’essence même de la psychanalyse.
Le récit de cette psychothérapie avec psychanalyste nous donne la teneur du véritable quotidien d’un clinicien. Sans relâche, Lacan avait tenu la barre. C’est ce dont témoigne P. Rey. Plusieurs questions sont abordées crûment par l’auteur, sans qu’à aucun moment il nous laisse entendre que le psychanalyste ait cédé de la direction de la cure.
Emouvant, triste, haineux, franchement amusant, nous voyons l’être décrire comme n’importe quel patient ou psychanalysant, le brouillard où il est et qu’il peine tant à quitter. Pierre Rey nous décrit un psychanalyste sans chichi, visant toujours à aller à l’essentiel, tout en prenant en considération la structure psychique de celui qu’il écoute. Pierre Rey a bien profité de cette expérience avec Lacan. Il nous laisse un document dont je n’éprouve aucune gêne d’appeler clinique. Clinique car nous voyons le clinicien à l’œuvre, clinique parce qu’éthique. Clinique parce que dans un corps à corps sans peur, où le symbolique et le réel sont au service du dégonflage de l’imaginaire.
J’ai lu à de nombreuses reprises ce livre de Pierre Rey. Et c’est inspiré par son récit que j’ai pu introduire des nouvelles tactiques dans la conduite de la cure. Dans mon exemplaire, la couverture représente le « Passage du Styx ». Pierre vient de toucher l’autre berge. Une pensée chère lui est adressée.
Fernando de Amorim |