Editorial
Le cas Pluton
Le 24 août dernier Pluton a été rayée du système solaire en raison de son excentrique orbite, de sa petite taille et de sa composition différente. Pluton, planète maintenant naine se distingue donc de celles dites « de plein exercice » par son incapacité à faire le vide dans son voisinage direct !
Que cet été ait été placé entre bitume et canicule, grèves et vagues, bombes et roquettes, monts et merveilles, cette grande similitude entre le cas Pluton et la relégation de femmes au rang de moins que rien sous les prétextes les plus fallacieux n’a pu, cependant, vous échapper !
L’absente. On sait que sous d’autres cieux le fragile équilibre est désormais rompu : la quasi décimation des œufs femelles pour des histoires de coûts, de noms…, n’a pas tardé à montrer son visage triste de classes de mâles qui auront bien du mal à trouver une compagne !
La dissimulée. Sous d’autres ciels on déploie de grossiers stratagèmes pour tenir la femme à l’écart du système « solaire » ; elle est recouverte ici, des pieds jusqu’à la tête, à l’exception du bout des doigts, d’une bure couleur ciel ou ciel d’orage pour défendre des outrages qu’elle ne manquerait pas de provoquer si elle allait cheveux aux vents et là de dérivés de silicium, ces polymères de complexité ô combien variable qui escamotent les ravages d’un temps devenu lui aussi misogyne !
Et puisqu’une stricte acception ne suffit pas à borner les horizons des femmes et à ramener la paix dans les esprits furieux qui les conspuent, elles ont à essuyer les opinions machistes des spécialistes en tous genres, notamment politiques …! |
… A « bon pour bonne année » !
De même les publicistes, les humoristes et le petit peuple des traîne-misère sexuels, ces malheureux épicènes qui se sont jetés à bras raccourcis sur la femme blonde peroxydée comme la misère sur le pauvre monde, vendent et rient des fantasmes toujours plus nus dont le grotesque tient désormais lieu et place du troublant.
Las ! Parce qu’à près de 60 ans, Farrah Fawcett, Kate Jackson et Jaclyn Smith, les « Drôles de dames » paraissent toujours aussi jeunes, une certaine Michele Hanson - chroniqueuse féministe sévissant dans les colonnes du Guardian – se lamente en ces termes : « Comment devons-nous nous sentir nous autres, qui n’étions déjà pas exceptionnellement belles à 20 ans, qui avons vieilli normalement et qui sommes maintenant bombardées via les media et les publicités exclusivement par deux types de femmes, les très jeunes très maigres, très belles et les quadra, quinqua et carrément les sexagénaires qui sont apparemment restées belles, maigres et jeunes comme les filles de vingt ans … » (La Repubblica, jeudi 31 août 2006, p 27). La femministe, si vous me permettez l’expression, qui veut entraîner ses lectrices dans la grande épouvante de son propre for intérieur, cette juridiction intemporelle des instances psychiques qui veillent jalousement sur ce trésor du signifiant renvoyé par le fatidique « miroir-mon beau miroir », ne fait qu’ajouter son faix d’opprobres aux bâts des femmes.
Que vient troubler la sensualité tapageuse, maîtrisée, ou savamment entretenue pour qu’on la tance si fortement en tous lieux et de tous temps ? Ne serait-ce pas cette paix des tombeaux d’où toute sexualité est bannie ? Cette force ténébreuse qui fait vaciller les flammes dont on rend gardiennes les femmes, éternelles vestales qui s’emploient à les protéger vaille que vaille de peur qu’on les emmure, les rétrograde, les bannisse… plus encore ! |